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 Bousquet, Charlotte - La peau des rêves, tome 3 -Les chimères de l'aube

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MessageSujet: Bousquet, Charlotte - La peau des rêves, tome 3 -Les chimères de l'aube   Mer 10 Avr - 19:04



Broché: 280 pages
Editeur : Archipel (7 novembre 2012)
Collection : jeunesse

Prix : 14.74 € (amazon et fnac)

Quatrième de couverture :

Anja, mutante vivant dans les bas-fonds de Berlin, sauve la vie d'un jeune homme. Croyant reconnaître Rain, étoile montante d'Ishtar, elle décide de tout abandonner pour le retrouver. Mais Rain n'est pas celui qu'elle a sauvé, c'est un homme sans coeur qui ne croit qu'au pouvoir et n'a pas hésité à tuer pour se l'approprier. Anja ouvrira-t-elle les yeux à temps ?
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Mélusine

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MessageSujet: Re: Bousquet, Charlotte - La peau des rêves, tome 3 -Les chimères de l'aube   Mer 10 Avr - 19:11

Najma, la conteuse Gypsie, est toujours prisonnière d’un clan de Chimère. Elle se fait passer pour Ximena, la véritable cible des hybrides, dont elle a pris l’identité pour la sauver, pour une raison obscure. Mais depuis qu’elle est leur prisonnière, elle les fascine, notamment l’enfant-chat Mia. Elle attire même l’attention Iztan, leur chef, l’homme-panthère. Il faut dire que ses nombreux et mystérieux tatouages ont le don de raconter toutes sortes d’histoires. La voici donc qui reprend un de ses récits : l’histoire d’Anja, une sirène. Pas une humaine, pas une hybride, encore autre chose. Une paria quel que soit le camp. Son seul atout: sa voix, qui lui permet d’attirer quelques admirateurs, qui pourtant se détournent d’elle dès qu’ils peuvent voir les écailles sur son front qui ne disparaissent pas. Que diraient-ils s’ils la voyaient plonger dans la Speer et se couvrir d’écailles nacrées, s’ils voyaient ses mains se palmer et s’ils la voyaient semer les monstrueuses créatures sous-marines qui s’y cachent. C’est lors de ces plongées qu’elle sauve la vie d’un jeune Mens pris en chasse par une de ces bêtes. Alors qu’il reprend conscience sur la plage, elle l’observe. Elle tombe sous le charme de sa mèche blonde plaquée par l’eau, de ses yeux bleus étincelants… jusqu’à ce quelle remarque ses tatouages. Il appartient au clan d’Ishtar, les ennemis, ceux qui déciment son peuple. Mais le mal est fait: Anja est amoureuse. Elle quitte son protégé le coeur brisé. Un assaut d’Ishtar lui fournira l’excuse qu’elle attend: elle a sauvé un des leurs, ils doivent libérer un des siens. Mais ses écailles les rebuteront, elle le sait. Alors elle trouve une drogue pour les camoufler, et elle part pour le camp ennemi, dans l’espoir de séduire celui qu’elle aime.

Vous aurez comme moi reconnu une variation sur le célèbre conte d’Andersen “la Petite Sirène”. Et j’ai été surprise de voir comme elle s’intégrait bien dans cet univers fantastique et post-apocalyptique créé par Charlotte Bousquet. On pensait, à l’issue du tome 2, que seuls les Mens et les Chimères, ces mélanges d’humains et d’animaux, se livraient une guerre sans merci. On voit apparaître ici une nouvelle catégorie d’être: des mutants, au pouvoir à moitié caché, qui se révèle dans certaines conditions, et qui sont suspects aux yeux de tous. Des exclus, des parias, qui vivent dans des bas-fonds, cachés et traqués. Un univers underground, où l’on peut passer la nuit dans un cabaret à boire de l’eau-de-vie sucrée en écoutant les ballades de la sirène et en évitant les fans un peu trop hystériques que la solitude et la folie peuvent pousser aux pires extrémités.
Voilà ce qui m’a plu dans le personne d’Anja. Autant la petite sirène du conte est admirée et aimée dans son monde, autant Anja n’a pas de monde, pas de famille, personne pour lui montrer à quelle point elle est jolie. Personne pour lui dire que ses écailles ne sont pas les détestables excroissances qu’elle croit, pour lui dire qu’elle ne dégoûte pas les gens qui l’approchent de trop près. On sent sa tristesse, sa fragilité, son amertume bien avant que son regard ne croise les prunelles azur de Raine. Car là encore, cette héroïne de conte au regard mélancolique n’a pas de chance: son prince charmant commence par souffler le chaud et le froid, puis il se montre étonnamment violent et cruel, avant de lui annoncer l’existence d’une rivale. Elle voulait lui être tout, elle réalise qu’elle n’est rien. La descente aux enfers d’Anja est poignante et l’on ne peut s’empêcher d’éprouver une grande pitié pour cette petite sirène plus à plaindre encore que l’originale. Et tout ça bien sûr, grâce au style poétique, musical de Charlotte Bousquet, qui alterne introspections oniriques et paroles de chansons douce-amères et nous plonge dans un univers d’une aigreur sourde, placide, dont la violence muette est souvent plus un souvenir ou une impression qu’une réelle scène vécue tant Anja elle-même a du mal à la réaliser.

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